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Les démons de Jérome Bosch

25 mars 2013 9 commentaires

BoschCouvertureMai 2009, parution des Démons de Jérôme Bosch.

Premier texte parmi mon travail écrit qui devient un livre, un vrai, qu’on trouve dans les librairies et les sites de vente de livres et aura des lecteurs inconnus de moi.

Premier souvenir de travail, un livre de reproductions feuilleté dans une chaise longue, l’été. L’émerveillement devant ses tableaux.

Premier questionnement: quel genre d’homme a pu peindre des tableaux aussi fous ?

Ce qui me touche le plus: son pessimisme. Ses angoisses. Son discours très moral sur l’homme, ses vices, la société telle qu’elle fonctionne. Sa vision de la fin d’une époque et du début d’une autre. Ses ermites en retrait. Son imaginaire fantastique. Que je ne place qu’en dernier car ce n’est presque que cela qui a attiré les écrits et les analyses à son propos.

 Imaginer pourquoi et comment ce peintre a travaillé.

Je regarde le dictionnaire et là c’est le choc: on ne sait presque rien de l’homme. Il ne reste de lui que les tableaux, une trentaine, et quelques documents administratifs, actes de vente de tableaux, d’une maison, acte de mariage, menu d’un repas auquel il a participé. Quasi rien. La porte est ouverte.

Le souvenir Des Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar m’accompagne. Je tends à ce qu’elle a si parfaitement atteint, une autobiographie romancée, une voix qui traverse une autre, un texte historique où l’essentiel n’est pas dans les détails des costumes ou des lieux, mais dans le ton, le passé vécu de l’intérieur.

Le travail se fait à partir de deux voies:

la lecture de livres sur l’époque de Bosch, sa peinture et ses contemporains, mais aussi le contexte, le quotidien.

L’observation et le rêve sur les tableaux que je tente d’aller voir tous afin d’instaurer un rapport intime avec eux. Me mettre dans la tête de celui qui les a peints et surtout prendre le contre-pied des livres écrits sur lui. Bosch, un drogué ? Un membre de secte ? Je crois au pouvoir tout puissant de l’imagination. Aux voyages intérieurs, ceux que l’on fait sans sortir de sa chambre.

Je me raccroche aussi à ma propre histoire. Souvenirs d’enfance de vacances passées chez mes cousins au Pays-Bas, odeurs de Carnaval, canaux glacés… Sévérité de l’adolescente qui écrivait des courts-métrages sur les péchés capitaux. Ecrire de la fiction, c’est chercher en soi pour mettre à distance.

Quand le livre est terminé, je reprends le point de vue de son épouse. Et là, je trouve ce que je veux. Je peux faire passer mon admiration. Partager ses angoisses. Exprimer ma tristesse devant ses difficultés à accepter le monde tel qu’il est.

lesDémonsDeJéromeBosch-poche

 Le livre est  sorti en collection de poche en octobre 2010.

C’est tellement important qu’un livre ne coûte pas cher et qu’on puisse l’emporter partout.

 

Pour en savoir plus, quelques régals:

Johan Huyzinga, L’automne du Moyen-Age, Petite Bibliothèque Payot ou consultable en ligne.

Jurgis Baltrusaitis, Le Moyen âge fantastique: antiquités et exotismes dans l’art gothique,  chez Flammarion.

Jacques Legoff, L’homme médiéval, chez Points.

Pour les tableaux, le Louvre, Madrid, Lisbonne… pour voir les détails minuscules, approcher la matière peinte sur bois, ses couleurs éblouissantes.

 

 

Commentaires (9)

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  1. rebull dit :

    Ce matin une scientifique a essayer de me persuader du bien fondé de l’astrologie. Je n’ai rien contre mais je crois qu’il faut surtout y croire pour que cela fonctionne. Hé bien avec Jérôme Bosch on peut éviter cette étape, il y a une évidence entre ce que l’oeil voit et tout ce que l’on est en pouvoir d’imaginer. Bosh croit il a tout ce qu’il peint ?
    Mais il sait que nous oui, on peut.

    • alexandra dit :

      Bosch y croit car les monstres et les enfers qu’il peint ne sont que les reflets de ce que nous, les hommes, savons si bien faire naître.
      Tout comme les ermites sereins reflètent nos utopies d’un meilleur monde, nos espoirs de trouver enfin un bonheur immobile. Quant aux visages déformés par la laideur des sentiments intérieurs qu’il a si souvent peints, il suffit d’allumer la télévision pour en percevoir la version contemporaine.
      Le grand artiste, celui dont le travail traverse les époques et les âmes, n’a en effet pas besoin qu’on croie en lui,
      il nous touche par l’évidence même des traces qu’il a laissé, sans aucune traduction ou interprétation.

  2. rebull dit :

    Bon, Bosch y croit parce qu’il voit les hommes. Mais ce n’est plus une croyance, c’est un constat. C’est également vrai pour ce que l’on voit à la TV, et là aussi ce n’est pas une croyance, c’est un état des lieux, son reflet. Il me semble être en accord avec ta réponse. Toi ou moi n’avons pas la religion de ce que nous voyons à la TV. Il reste une différence. C’est les moyens mis en oeuvre pour formuler le constat. Il y a la peinture de Bosch et les images de la TV. Bosch c’est mieux, bien plus puissant et là s’ouvre un vaste débat sur ce qu’est la représentation. Bosch traverse le temps, surement pas la TV.
    Bosch manifeste son questionnement. Les producteurs de la TV suivent la « demande », la question est évacuée. Encore que l’on ne sait pas trop.
    G

  3. luigi elongui dit :

    Je vais chroniquer sur le N° de janvier d’Afrique Asie votre ouvrage. J’y suis tombé quelques années après sa parution, parmi les livres reçus en service de presse. Je me pose une question, mieux deux. Pourquoi avez vous choisi pour couverture ce tableau ? Comment se fait-il que Bosch a pu peindre une femme noire à l’époque ? Merci.

    • Bonjour

      ravie que vous ayez lu mon livre et qu’il vous interroge un peu.
      Vous parlez du détail du Jardin des Délices ? Dans le livre, je propose un Jérome Bosch plutot contemplatif, un homme avec une vie banale mais une forte personnalité et capacité de travail et d’imagination, un homme angoissé par le comportement de ses contemporains et réagissant par son travail au travers duquel il donne une vision très critique des hommes qu’il représente violents, méchants, adonnés à tous les vices. Bon. Je présente aussi Bosch comme un homme en relation avec la nature, un promeneur solitaire. Tout cela vient de mon ressenti face à ses oeuvres, que j’ai analysées par le regard, ma sensibilité, mes préoccupations bien sur que j’ai du reporter sur lui…. Donc j’en ai déduit ce rapport à la nature, dans les détails qu’il peint, dans sa façon minutieuse de peindre les paysages dans lesquels il installe ses sujets (les ermites surtout)
      Donc les oiseaux du Jardin sont extrêmement réalistes, de vraies espèces, je les trouvai très beaux et un détail (un gros plan) passe mieux sur une couverture qu’un tableau dans son ensemble.
      Et aussi je voulais inclure une image de Bosch puisqu’il s’agit de sa biographie imaginaire. Pour moi, l’homme à droite qui ferme les yeux et se bouche les oreilles c’est lui. Je le retrouve ailleurs dans ce tableau et d’autres, mais jamais aussi évident dans son attitude que là, rêveur et moraliste, fuyant la vision du comportement humain.
      J’ai lu pas mal vous vous en doutez sur son époque. Il y avait déjà de nombreux échanges avec l’Afrique. Hommes et femmes noires n’étaient pas inconnus des européens. On trouve aussi dans les oeuvres de Bosch des références à des animaux africains (dans le Jardin il y a un éléphant et une girafe) et à des livres rapportant des images ou récits de voyageurs; Je pense qu’il a placé la femme noire parmi les autres pour signifier que la population entière des hommes sur terre sont sur une mauvaise pente… D’autres personnages noirs se trouvent dans la partie centrale du tryptique, tentés ainsi que les voisins par des fruits interdits, ou se baignant dans une eau de l’oubli de leurs fautes sans doute, en tous cas aussi concernés que les européens par les excès de la chair, l’égoisme et c…
      voilà, j’espère que cela répond un peu à vos questions. tenez moi au courant.
      cordialement
      AStrauss

  4. Mélanie dit :

    Bonjour,

    Je suis actuellement en 1ere année de Lettres Modernes, et j’ai le plaisir de vous dire que nous travaillons actuellement sur Les démons de Bosch. Je trouve ce livre tellement bien écrit, avec une histoire à laquelle on adhère très rapidement. Puis, ce peintre est tout à fait fascinant. Nous nous régalons de cette histoire !

    Cordialement,

    Mélanie

  5. Isabelle dit :

    Merci pour ce roman sur Jérôme Bosch, cela aurait pu être une biographie.
    Ce qui se dégage de son histoire c’est son extrême solitude, bien que toujours très entouré, très sollicité, on ressent chez lui une grande solitude. Un questionnement permanent sur la morale des hommes, leurs vices… ces réflexions sur la société de consommation (ce concept existait’il à son époque ?) est encore d’actualité. On sent aussi une critique de l’institution religieuse, j’ai beaucoup aimé le passage où en route vers Anvers il rencontre un prédicateur, il est séduit et à la fois effrayé par son discours hérétique (peut-être trop audacieux pour l’époque ?).
    Encore merci.

  6. Montbuleau dit :

    Bonjour,

    Je viens de terminer  » les attaches invisibles « . Cela reste un enchantement, et une joie profonde d’avoir lu ce livre. Votre écriture me touche particulièrement, par son extrême douceur, et sa capacité de transmission. Je ne connaissais Odilon Redon qu’a travers certains tableaux, et j’ai découvert l’humanisme, la bonté, et la spiritualité qui l’habitaient. Celles qui me rejoint profondément. Je vais m’empresser de découvrir votre ouvrage sur Jérôme Bosch. En espérant découvrir bientôt un nouveau livre de votre part. Merci.

    Isa

    • bonjour,
      je suis extrêmement touchée par vos commentaires. Ils m’encouragent à avancer sur les textes en cours, ce qui certains jours n’est pas évident. Les portraits de Redon et Bosch sont des inventions de ma part, des fictions, écrites à partir de tout ce que j’ai pu réunir comme documentation et surtout de leurs oeuvres dans lesquelles j’ai trouvé tant de richesses, de beauté, de sagesse, que j’ai tenté ces propositions de portraits, de pensées, d’univers.
      Merci encore pour votre lecture et ce partage de votre joie.
      Alexandra

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