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Bonne année et résolutions 2017

4 janvier 2017 5 commentaires
paresse-bosch

Hieronymus Bosch, La paresse, détail de l’oeuvre Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines Musée du Prado

Toutes les philosophies (et religions) le proclament: pour être heureux et changer le monde autour de soi, il faut commencer par soi.

Certains dont moi penseront que le vice premier de l’homme est la paresse. Et j’ai comme l’impression que notre époque la favorise. Bon, je ne suis pas coach, ni maître à penser. Je suis quelqu’un qui écrit, qui organise les récits et les pensées dans ces narrations de notre époque que sont les films, bref ni gourou, ni politique, ni femme de terrain. Une intellectuelle, de par mon éducation, ma culture, mon parcours. Difficile d’aller contre cela. A la question de pourquoi il ne fait pas de films sur un sujet d’écologie, Monsieur Ken Loach dit: «c’est un sujet primordial, mais il faut entretenir un rapport de cinéma au sujet.» Et il signifie par là qu’il faut, pour traiter correctement et passionnément d’un sujet, puiser dans sa propre expérience, sa propre histoire. L’énergie et la justesse de la pensée ne viennent pas de nulle part, mais du parcours de chacun. 

Mon histoire est donc d’aimer le cinéma, la littérature et de tenter d’en vivre, et de m’en servir pour trouver un sens à la vie là où je me rêverais d’aider les migrants, de lutter sur le terrain contre l’érosion des sols, le bétonnage, la disparition des moineaux et des éléphants, bref de lutter contre ceux qui font activement le vilain monde d’aujourd’hui. Mais voilà, ce n’est pas mon terrain et je tente d’apporter mon grain de sel en diffusant des idées, par l’écrit, le cinéma, et même par internet, et par les choix de mon mode de vie, nourriture, énergie, transports…

En ce début d’année, face au constat que je passe de moins en moins de temps à lire, je décide de lire plus. Je constate aussi que ma séance hebdomadaire de yoga m’apporte un plaisir et une force extraordinaires, mais que je progresse peu. Or en yoga, comme en musique, et sans doute en toutes choses, la stagnation décourage alors que le progrès marque une amélioration des capacités de son être, ce qui est une victoire sur les forces du Temps. Notre corps est notre seule maison, n’est ce pas ? Je constate aussi que ma production de pommes de terre et de poireaux du jardin est déjà épuisée alors que nous ne sommes qu’en janvier. Et enfin, je constate que je passe beaucoup de temps sur mes écrans d’ordinateur et de téléphone, ce qui est en soi une bonne chose, je peux ainsi suivre ce que font mes amis, mais aussi me tenir au courant des nouvelles du monde et m’engager à partager certaines informations. Or vingt minutes sur internet passent comme un bref instant. J’en reviens à un petit calcul. Vais-je être capable de passer au minimum 20 minutes par jour à lire du roman (ou un essai) et à pratiquer seule 20 minutes de yoga ? Je passe le jardin car c’est un plaisir facile, j’ai acheté les graines, et le printemps viendra.

20 minutes ce n’est pas beaucoup, mais justement. Pour rendre mes résolutions possible dans la vie que je mène, il ne faut pas que je mette la barre trop haut. Or 20 minutes ce n’est rien. Ou presque. Car il faut le prendre ce temps. Il faut se prendre en main. Lutter contre la paresse. Là où le temps passe seul sur les écrans. Prendre donc le temps, après la douche, avant de travailler, de sortir le tapis, de s’asseoir, de cesser de penser à la machine de linge, aux enfants, au travail, aux articles lus…. Prendre 20 minutes pour étirer les bras et les côtes, faire de l’espace dans le haut du corps pour mieux respirer, assouplir les dures hanches, trouver l’équilibre, muscler ses bras, puis se détendre totalement, le plus difficile pour moi.

Et bien, en général, après 4 minutes, j’en ai assez. Une impatience monte en moi, une envie d’arrêter l’effort. Tant de choses à faire, tant de pensées. Mais non, continuer. Et les seize minutes restantes, et souvent plus, une fois la paresse combattue, passent vite, et agréablement.

Lire, c’est pareil. Trouver un fauteuil, après le déjeuner peut-être ? Ou le soir ? Et se poser activement 20 minutes dans l’univers d’un étranger, d’un monde, d’une pensée, avec des personnages, une vision… Pas facile non plus. Moins facile que de regarder un film. Mais un si grand plaisir. Immense. Quant aux bénéfices de la lecture sur papier, je vous renvoie à de multiples articles sur le net… Sans parler de l’exemple que l’on donne aux enfants. Mais ceci n’est pas mon sujet aujourd’hui.

Aujourd’hui, je voulais juste vous souhaiter une bonne année. Vous faire part de mes trois résolutions, dont la première est d’améliorer mon potager, ces 20 minutes de yoga et de littérature par jour. A imposer à son corps, à son esprit, car je suis certaine que cette auto discipline, qui n’apporte que du plaisir, est un premier pas vers mon engagement dans le monde. Bonne année. Je vous souhaite de ne pas être paresseux, ni effrayés, ni résignés. Faites du yoga, de la musique, lisez, lisez, apprenez, écrivez, agissez !

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Commentaires (5)

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  1. isabel cooney dit :

    c’est un plaisir de te lire alexandra, et je suis heureuse que tu partages avec nous ces bonnes résolutions qui ont ***plein*** de bon sens. je t’enverrai mon soutien depuis mon tapis et mon fauteuil, où moi aussi j’espère me trouver de plus en plus souvent cette année! ; – )

  2. tadesse myriam dit :

    Merci chère Alexandra pour tes voeux et ce partage. Que cette année soit d’éveil et de lumière. Question lecture, liée à tes propos, as-tu lu « le jardinier de l’Eden » de Clarissa Pinkola Estès ? Merveilleux petit livre, « conte de sagesse à propos de ce qui ne peut mourir » 🙂

  3. annette dit :

    Interpellant! Merci

  4. Kidi dit :

    Telles étaient donc tes résolutions de 2017. Quelles sont celles de 2021 ? Et d’ailleurs, en as-tu pris ?

    • alexandra strauss dit :

      An 21, jour 3. Un vrai dimanche d’hiver. Lever tardif, paresseux et frileux, repas avec les beaux-parents, vaguement masqués, galette des rois, feu de bois, thé. Un film, sans doute, plus tard. Pour le plaisir de l’addict que je suis, le voyage cinématographique nécessaire à une bonne journé confinée. Puis quelques pages ou chapitres d’un roman, au lit. Fin du jour 3 probable.

      Mais ce message dans mes mails. Un commentaire arrivé sur mon site. Le troisième écrit par la même personne en quelques semaines, de la part d’une femme que j’ai rencontrée chez des amis communs (qui se reconnaitront et que je remercie!), de celle avec qui le monde s’ouvre immédiatement, pas vraiment par les mots, même s’il y en a désormais, mais par les regards, les antennes intérieures qui font bzz bzz, fréquence soeur.

      Les vacances sont terminées, il est temps de répondre.

      On s’étaient revues rapidement, en marchant dans la rue, – où d’autre rencontrer ses amis ces jours-ci tout en se donnant l’illusion d’un peu de neutralité ? – quelques rues d’un bon pas, le temps de parler brièvement de nos parcours, les enfants, les pratiques d’écriture, les petits riens en communs, sans réflexion, sans préliminaires. J’avais lu après notre rencontre son roman, Mon royaume pour une guitare – http://www.michel-lafon.fr/livre/1761-Mon_royaume_pour_une_guitare.html – qui m’avait permis de la connaitre plus, de m’immerger dans son intimité familiale, puisque ce roman fait revivre l’histoire de ses parents, étudiants camerounais jamais repartis vivre dans leur pays natal comme prévu, et qui élevèrent leurs enfants comme si le retour était pour demain, sans se rendre compte que pour les enfants le pays natal est la France. Un roman passionnant sur un point de vue auquel nous ne sommes pas habitués, exactement le genre de récits que Raoul Peck avec qui je viens de terminer le montage d’une série de 4 heures, m’a pourtant habituée à rechercher, ce point de vue de la parole de l’histoire pas racontée par les blancs, les européens, les victorieux, ceux qui ont façonné l’Histoire avec leurs récits de conquêtes et de pouvoir.

      Mais bref, je ne voulais pas parler de cela. Pas aujourd’hui.

      Aujourd’hui, je voulais répondre à Kidi qui par ses messages me lance une sorte de défi, c’est ainsi du moins ainsi que je le ressens, comme si elle venait me chatouiller malicieusement, car lorsque nous nous sommes rencontrées dans la rue je lui ai dit que je n’écrivais plus, plus vraiment, happée que je suis par le travail pour le cinéma, par la vie quotidienne, ma paresse, ma non urgence. Alors comme ça j’écris un peu. Même si c’est un ton de blog, un ton léger, sans mise à distance, sans fiction.

      Et d’ailleurs ce début d’année, comme tous les débuts d’année, titille toujours les projets à venir, les envies, les résolutions… Et Kidi m’a écrit:

      Telles étaient donc tes résolutions de 2017. Quelles sont celles de 2021 ? Et d’ailleurs, en as-tu pris ?

      Ce à quoi je pourrais répondre par cette vidéo, so british:

      https://www.facebook.com/BritishFilmInstitute/videos/700710463913982

      Ou alors plus personnellement. Non, pas d’autres résolutions que celles entamées ces dernières années. Laisser le moins de traces polluantes possible sur notre planète, ne plus manger de viande ou presque (je mange encore parfois quelques malheureux volatiles non mammifères), pratiquer le yoga régulièrement pour la joie du ressenti des os des muscles des articulations et pour ces moments de profonde unité avec mon corps, aimer au mieux, ne m’engager que dans des projets (de films) qui ont pour moi du sens, vivre dans le présent, et ne pas repousser à demain ce que je me promets aujourd’hui. Pour cette année 2021, pas de résolution particulière, je sais où sont mes manquements, mes regrets, dans un engagement « réel » (acitf?) vis à vis de ceux dont les vies me font pleurer, les enfants démunis, les animaux massacrés, ceux qui pour moi sont innocents et victimes de nos paresses et de nos conforts. Mais c’est comme l’écriture au long court, la nécessité m’en viendra peut-être, tout vient en son temps si la nécessité intérieure s’impose, ou alors elle n’est que mensonge, façade de ce que l’on voudtait être, ou faire, mais qu’on n’est pas, puis qu’on ne fait pas. En ce sens, je ne crois pas aux mots (aux résolutions) mais aux actes. Bonne année !

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