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Les attaches invisibles

24 mars 2013 2 commentaires

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Odilon Redon, c’était un ensemble d’images qui m’accompagnaient depuis l’enfance: coquillage nacré des mers du sud, Bouddha serein, papillons translucides, profils de médaille transfigurés par des lumières intérieures et se détachant sur des fleurs étranges, douces et vénéneuses à la fois. Peintre ayant vécu entre le 19e siècle et le 20ème, Odilon Redon aimait plus que tout la littérature et surtout Baudelaire. Contemporain de Paul Gauguin et du poète Mallarmé dont il fut l’ami, il se posa toute sa vie en décalage avec les goûts de son époque pour le réalisme ou l’impressionnisme.

A l’origine, inspirée par ces images et les tableaux admirés au Musée d’Orsay, j’avais écrit une nouvelle qui racontait comment un enfant triste se rêvait volant parmi un troupeau d’oies au-dessus de sa terre natale. Onirisme, histoire d’enfance et de fuite dans l’imaginaire, réinvention du monde quotidien. Parmi les thèmes qui y étaient évoqués et que j’ai repris dans le roman, on pouvait y trouver l’atmosphère de l’une de ces vieilles maisons à la campagne, la solitude quand les parents vous y laissent l’été pour vaquer à leurs affaires «sérieuses», l’attachement douloureux qu’on peut porter à un lieu d’enfance.

Quel rapport avec Odilon Redon, le peintre dit « symboliste » ? Réponses dans Les attaches invisibles qui est ce travail romanesque sur les origines d’un destin artistique, la difficulté d’être de son époque, l’apprentissage de la liberté, le détachement. Avec, comme je l’avais fait pour Jérôme Bosch, un point de vue qui se veut « de l’intérieur ». Dans un contexte qui n’est plus le Moyen-âge où l’artiste souvent héritait d’une tradition familiale, le cas Redon pose la question du: pourquoi devient-on artiste ? Quels évènements de l’enfance peuvent-ils faire naître un tempérament artistique, c’est à dire un être qui va avoir besoin d’exprimer sa vision de lui-même et du monde, d’exposer ses croyances et ses rêves au jugement des autres pour mieux les comprendre, pour mieux vivre, ou parfois juste pour survivre ? C’est l’histoire de rencontres et d’influences car l’artiste est cette matière souple et fragile qui se nourrit de ce qu’il aime, digère et produit une matière neuve qui le reflète, lui et son temps.

Or l’évolution du travail d’Odilon Redon au cours de sa vie est des plus étonnantes. Redon est un artiste qui n’a longtemps dessiné que des monstres et des visions sinistres mais qui, peu à peu, est devenu un peintre de lumières, de couleurs et de fleurs. Et cela, passé l’âge de quarante ans.

Ce miracle me touchait profondément. N’est-ce pas un chemin idéal que d’apprendre à s’affranchir des douleurs, couper les ponts avec les ressentiments pour atteindre la sérénité ? Cette trajectoire, j’ai voulu la comprendre, et la refaire avec lui.

Le roman, avec sa couverture aux papillons qui s’élèvent vers l’azur, est sorti en mars 2011.

 

Commentaires (2)

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  1. Alexandra Strauss invite des artistes - 2011 | Suzy Tchang | 11 juin 2013
  1. Jean Argenty dit :

    Bonjour Alexandra,

    Merci de tout cœur pour ce très joli livre que j’ai découvert dans la bibliothèque municipale de mon village toulousain.
    Ma mère était artiste peintre et moi-même j’ai touché aux pastels avant de considérer que j’étais fait plus pour l’écrit, ce qui est peut-être aussi faux ; à bientôt 60 ans, je ne sais pas vraiment si je suis fait pour quelque chose. J’ai donc été tout naturellement porté à découvrir des artistes et des œuvres et celles d’Odilon Redon, de Puvis de Chavanne, de Jérôme Bosch, parmi tant d’autres ont particulièrement touché ma fibre mystique.
    J’ai donc beaucoup apprécié votre roman biographique et je vais me procurer celui que vous avez écrit sur Bosch, ou, à propos de Bosch. A bientôt.

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