surréalisme Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/surrealisme/ Le site d'Alexandra Strauss Fri, 05 Aug 2016 15:53:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://www.alexandrastrauss.fr/wp-content/uploads/2020/09/favicon-32x32-1.png surréalisme Archives - Mes attaches invisibles https://www.alexandrastrauss.fr/tag/surrealisme/ 32 32 Gabritschevsky, le peintre qui avait étudié les mouches https://www.alexandrastrauss.fr/gabritschevsky/ https://www.alexandrastrauss.fr/gabritschevsky/#respond Fri, 05 Aug 2016 15:39:18 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=1165 Eugen Gabritschevsky, exposé jusqu’au 18 septembre à la Maison Rouge, à Paris, est un grand artiste, une personnalité picturale dont l’oeuvre m’a saisie dès la première vision. On pense aux petits formats de Paul Klee, aux oeuvres surréalistes de Max Ernst ou André Masson. Et pourtant, ces gouaches, ces aquarelles sur calque, ces fusains, ont […]

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Sans titre, 1950, gouache-sur-papie, Collection-Chave-Vence-©-Galerie-Chave-Vence

Sans titre, 1950, gouache-sur-papie, Collection-Chave-Vence-©-Galerie-Chave-Vence

Eugen Gabritschevsky, exposé jusqu’au 18 septembre à la Maison Rouge, à Paris, est un grand artiste, une personnalité picturale dont l’oeuvre m’a saisie dès la première vision. On pense aux petits formats de Paul Klee, aux oeuvres surréalistes de Max Ernst ou André Masson. Et pourtant, ces gouaches, ces aquarelles sur calque, ces fusains, ont été produits par un homme qui a passé quarante ans dans un hôpital psychiatrique, d’où l’appartenance de son travail à l’art brut, c’est à dire une oeuvre qui a été conçue et vécue hors des sentiers classiques de l’art par un homme qui vivait en marge du rythme « normal » de la vie, qui ne parvenait pas à trouver un équilibre dans la société humaine.

Nous qui regardons son travail, ces milliers de gouaches qui forment la trace qu’il a laissée, nous voyons une oeuvre d’art, mais pour lui c’était quoi? L’empreinte directe de son inconscient? Le contenu de ses rêves ?

Pour celui qui est classé malade mental, pas besoin de drogues, d’inspiration ou de mise en situation pour exprimer ses visions intérieures. Gabritschevsky, né en Russie à la fin du 19ème siècle, d’un père scientifique et dans une famille aisée et cultivée, avait commencé sa vie sans les souffrances qui furent les siennes après la trentaine. Après des études aux Etats-Unis, il avait intégré l’institut Pasteur à Paris, pour y étudier les mouches. Promis à un bel avenir de chercheur, il quitta pourtant tout pour vivre reclus, en milieu hospitalier, peignant des années durant, dans le cadre de son hôpital.

Pourquoi ce besoin d’art ? Voilà qui rejoint mes questionnements habituels.

Gabritschevsky peint des foules, des silhouettes errantes, évanescentes, des sortes de théâtres où s’agitent des formes fantomatiques, des nuages, des façades écrasantes, des animaux bizarres, reflets des crises et des destructions des guerres de son époque ou peut-être juste de son ressenti. Il s’approche sans le vouloir peut-être consciemment (d’où la catégorie d’art brut où on le met) de ce que recherchait Odilon Redon qui écrivait « tout se fait par la soumission à la venue de l’inconscient« , peintre à qui il peut aussi être relié à cause de leur intérêt commun pour les théories de l’évolution, pour le monde des insectes et la botanique. Sauf que pour Redon, la recherche sur ces thèmes est volontaire, alors que pour Gabritschevsky, ces thèmes sont sans doute au coeur même de ses angoisses, et à la source de son art. L’oeuvre de Gabritschevsky est aussi à rapprocher du travail des surréalistes, mais, pour les mêmes raisons que vis à vis de Redon, il ne le savait pas. Il utilise comme eux des techniques de révélation d’images par frottements, grattages, collé/décollé. Ce qui est fascinant, ce qui me  fascine, c’est de voir dans ces couleurs, ces images, la forme graphique de ce que recèle une âme. Et de penser qu’en les produisant, il n’avait pas besoin de plaire, et qu’il ne subissait ni la pression de l’économie, ni celle du temps, puisqu’il était sorti du circuit social et temporel. Et c’est bien sûr une énorme différence que de créer comme on pousse un cri, ou peut-être comme on respire. On s’approche un peu avec lui des secrets de l’invisible.

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Exposition à La Maison Rouge jusqu’au 18 septembre 2016
10 bd de la bastille – 75012 paris france
Cette exposition se déplacera à la Collection de l’Art Brut à Lausanne de novembre 2016 à février 2017, puis à l’American Folk Art à New York de mars à août 2017.

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Asse et Hantaï, deux oeuvres peintes où s’immerger cet été https://www.alexandrastrauss.fr/asse-et-hantai-deux-oeuvres-peintes-ou-s-immerger-cet-ete/ https://www.alexandrastrauss.fr/asse-et-hantai-deux-oeuvres-peintes-ou-s-immerger-cet-ete/#comments Fri, 02 Aug 2013 08:46:36 +0000 http://www.alexandrastrauss.fr/?p=705 Parler des images avec les mots est un exercice difficile, mais retranscrire en mots les sensations éprouvées face aux images peut être tenté. Jusqu’à début septembre au Centre Pompidou à Paris, vous pouvez aller confronter votre regard aux œuvres de Geneviève Asse et de Simon Hantaï, peintres contemporains, puisque nés tous deux début des années […]

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Geneviève ASSE

Geneviève ASSE, Lignes et rouge, 2010

Parler des images avec les mots est un exercice difficile, mais retranscrire en mots les sensations éprouvées face aux images peut être tenté. Jusqu’à début septembre au Centre Pompidou à Paris, vous pouvez aller confronter votre regard aux œuvres de Geneviève Asse et de Simon Hantaï, peintres contemporains, puisque nés tous deux début des années 1920, et dont le Centre offre à voir le travail de leur vie, en une douzaine de toiles à l’étage du musée pour Asse, en une large rétrospective pour Hantaï. Je ne ferai pas ici de biographie, accessible un peu partout sur le net. Je parlerai juste de sensations dans l’idée de partager mon enthousiasme pour leur travail et de donner envie d’aller le voir. Car leur puissance est absolument imperceptible en reproduction.

Tous deux sont des abstraits lyriques, comme Rothko, Pollock, Mathieu. C’est à dire qu’ils recherchent dans l’acte de peindre l’émotion directe, celle-ci n’étant perceptible que lorsque l’on plonge directement dans la matière de leurs toiles. On peut aller à leur rencontre sans aucune connaissance, aucune habitude de la peinture. Ils offrent des mondes de sensations accessibles à qui veut bien se laisser entraîner.

Asse, je ne connaissais pas du tout. La peintre, qui habite aujourd’hui en Bretagne, est une femme discrète et cette discrétion se retrouve dans sa peinture. Ses toiles sont de grands formats, presque toutes dans des teintes de bleu qui sont comme des rideaux aquatiques ou textiles derrière lesquels se ressent un monde. La première impression lorsque je suis entrée dans la salle où elle est exposée est la sérénité, l’équilibre. J’ai été happée par une intensité calme, une vibration qui m’a projetée dans ses espaces vaporeux, et je me suis sentie soudain comme suspendue entre le monde extérieur dont elle part (ses premières toiles sont des fenêtres, des portes…) et celui, intérieur, qu’elle dévoile derrière ses lignes, ses fentes, ses lignes de démarcation. J’ai eu envie de me coucher dedans, comme dans le lit d’une rivière qui coule autour de soi.

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Geneviève ASSE, Ouverture de la nuit

 

Hantaï, c’est autre chose. A l’opposé de l’entêtement obsessionnel de Asse, il est le peintre de la recherche tourmentée, des expériences, du travail énorme, excessif. Son oeuvre est colorée et violente, charnelle, mais toujours dans l’équilibre. Il a commencé au sein du groupe des surréalistes (dans l’après guerre et les années 50) et l’on retrouve dans ses première toiles les formes osseuses, les tubes, les objets intérieurs et organiques de Dali et Tanguy, Lam ou Matta. Les peintures de Hantaï entraînent dans un voyage sans issue, d’ailleurs il cessera de peindre à la fin de sa vie, son travail étant devenu systématique, sa logique ayant trouvé son terme, ce qui est assez émouvant d’ailleurs car il a vraiment été au bout de lui-même atteignant une plénitude qui rappelle Matisse. Passer entre les toiles immenses de Hantaï, c’est pénétrer dans un détail de Klimt mille fois grossi, c’est vibrer au rythme des écailles, des étoiles, feuillages asiatiques, nymphéas tropicaux, un magma qu’évoquent les formes produites par sa technique de toiles pliées, peintes, dépliées, repeintes… c’est partager sa folie, sa frénésie, son plaisir des couleurs et des formes. On s’y roulerait.

Simon HANTAI, Peinture, 1959

Simon HANTAI, Peinture, 1959

Aller au musée est toujours une activité bizarre. On se demande quel acte culturel on commet là d’aller s’enfermer dans des salles où sont offertes aux sens et à la réflexion des surfaces planes ou développées dans l’espace issues du travail de ceux qu’on appelle les artistes, qui sont parfois des chamanes, c’est à dire des intercesseurs entre nous et les mystères du monde. Car parfois, une rencontre peut avoir lieu entre une œuvre et vous-même. Les toiles peuvent être l’origine de ressentis forts comme certains paysages, certaines musiques. Elles peuvent faire naître en soi des myriades de sensations. Cela m’est arrivé hier. A vous.


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